Origine d’un phare

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La rade selon le dessin de 1857. Au premier plan (zone verte) ce qu’il reste du Banc de Travers. (cliquez pour agrandir les photos)

Ce phare blanc qui s’érige à l’extrémité de la jetée des Pâquis a marqué, le 21 avril 2014, ses 120 années d’existence.
Construit en 1894, à l’aube de la seconde exposition Nationale Suisse qui se tint dans la cité de Rousseau, ce phare équipé d’une optique moderne venait remplacer son aîné devenu obsolète.
Ce premier fanal avait été réalisé, en 1857, dans la foulée de la création des jetées des Pâquis et des Eaux-Vives, délimitant un nouveau port qui prendra le nom de « Rade de Genève ».

Depuis longtemps pour les marins, la navigation à l’approche de Genève était difficile. Pour accéder au port de Longemalle, les bateaux devaient, tout d’abord, négocier le passage d’un haut fond nommé «Banc de travers ou grand Banc». Cette barrière courrait de la pointe de Sécheron (Perle du lac) aux «Pierres du Niton». Après cet écueil, ils s’engageaient dans l’émissaire du Rhône. Cette entrée restait un exercice délicat suivant, le niveau de l’eau, la force et l’orientation des vents parfois tumultueux.
 En 1814 la ville de Calvin fait le choix de tourner son regard vers les pays confédérés. Cette alliance, rassurante, donne le départ de l’extension. Les murailles qui l’engonçaient seront détruites dès 1849. L’augmentation du commerce maritime avec les cantons amis imposa la création d’un nouveau port à la hauteur des ambitions de la cité. Parmi plusieurs projets architecturaux, c’est celui de Léopold Blotnitzki que le Grand Conseil  retient. Son dessin intègre de manière symétrique les deux rives et dresse une barrière pour s’opposer aux assauts des vents du nord. En 1857 les travaux des jetées des Pâquis et des Eaux-Vives furent réalisés offrant un air de 33 hectares qui prendra le nom de «Rade de Genève». Cet acte visionnaire, complété, en 1862, au sud par le pont du Mt-Blanc, déterminera pour longtemps les contours de la future métropole. Les barques à voiles, les «Mouches[1]» et la batellerie de la CGN pouvaient enfin s’engager, par une passe de 230 mètres avec 2.80 mètres de sonde, pour rejoindre un espace protégé proposant de multiples possibilités d’accostage et de radoubs. Afin d’autoriser l’arrivée d’un trafic nocturne, on dressa sur la digue la plus avancée, celle des Pâquis, un phare principal. Ce premier fanal de style «Beaux-Arts» s’illumina au mois de décembre 1857. Cet édifice sera remplacé, 40 années plus tard à l’aube de la seconde Exposition nationale suisse qui se tiendra à Genève.

photo Nicole Windler

photo Nicole Windler

Le 21 avril 1894, Émile Charbonnier, alors troisième ingénieur Cantonal, allumera le nouveau feu. Sa tour métallique, arrimée sur la base en pierre de l’ancienne construction devenue obsolète, accueillera un appareil rotatif, lenticulaire de 5ème ordre. Sa signature lumineuse, plus puissante, sera perçue bien au-delà de Nyon.

[1] Les « Mouches » étaient le nom donné aux cargos de la CGN. Ils transportaient, à la période estivale, plusieurs dizaines de tonnes de marchandises chaque année. En fin de saison les navires étaient remisés en rade de Genève. C’est de cette pratique, qu’est née l’expression : « va à Piogre ferrer les mouches ». Piogre c’est Genève -chacun le sait- ferrer les « Mouches » consistait à amarrer solidement ces bateaux pour l’hiver. Une activité qui exigeait des exploits nautiques considérables.