Le Phare des Pâquis

46° 12’ 36” N – 6° 09’ 25” E

Au phare des Pâquis, des fuites d’eau dans le dôme de la lanterne, la présence de mercure dans le système de rotation des panneaux lenticulaires de Fresnel, l’existence de plomb, de polychlorobiphényles (PCB), dans les vernis et l’état délabré du phare secondaire des Eaux-Vives ont conduit le service de la Capitainerie, en collaboration avec le service du Patrimoine, à entreprendre une restauration d’envergure des sentinelles de Genève.

François Beetschen, ingénieur (Capitainerie cantonale) et Léa Bühler-Broglin,  architecte (architectes associés S.A.) pilotent cette mise en conformité des deux feux de la Rade.
Signe des temps, Léa est la première femme à intervenir sur les phares genevois.

Les travaux débutent le 21 novembre 2024.
Sur la digue des Eaux-Vives, la lanterne mise en service en 1911 est entièrement démontée, ses parties métalliques expédiées pour rénovation chez l’entreprise Artferro à Satigny. La base pourrie de béton armé est rasée.
La lentille optique 270° et son éclairage obsolète quittent Genève pour révision chez l’entreprise Logilux à Payerne.



2) Phare principal des Pâquis, les travaux commencent dès le mois d’août 2025,
Le chantier consiste dans un premier temps à construire un échafaudage d’envergure capable, le temps des travaux, de faire face aux assauts possibles du vent et, à l’aide d’une enveloppe de plastique sous dépression contrôlée, de protéger les travailleurs, l’eau du lac et l’air des risques de contamination.

3) L’installation de l’échafaudage s’engage le 22 septembre 2025.
Les barges de l’entreprise Orlati investissent les alentours de la jetée. Un matériel conséquent est transporté par voie maritime, puis stocké sur la digue. La construction du mécano géant débute fin octobre. Entre le brise-lame de pierres de Meillerie et la jetée du phare de gros blocs de béton sont noyés puis empilés pour offrir une embase d’appui stable afin d’arrimer solidement l’édifice tubulaire.

4) La lanterne des Eaux-Vives (Jetée du « Jet d’eau »)
En novembre 2025, alors que le Jet d’eau est arrêté pour son entretien annuel, le phare secondaire, une année après son démontage réintègre la jetée. La lanterne fraîchement restaurée se glisse avec précision dans sa nouvelle embase de béton poli, scellée sur le quai, avec sur sa tête, un dôme provisoire en acier inoxydable. La coupole d’origine attendra encore la décision du service du patrimoine afin de donner une cohérence esthétique entre les « chapeaux » des phares des Pâquis et des Eaux-Vives.

5) Du côté des Pâquis en décembre 2025, les travaux de décapage débutent. Les ouvriers dans leur scaphandre et leur casque de protection mettent à nu l’entier de la tourelle métallique. Les centaines de kilos de ballast stabilisateurs sont déplacés à l’extérieur pour être  décapés. Le temps de leur nettoyage, les risques de fléchissement de la tour métallique ont été augmentés. L’«assiette» de l’échafaudage, selon l’exigence de l’ingénieur de l’EPFL mandaté, ne doit pas varier au-delà de 30 millimètres. Heureusement, la météo a été plutôt clémente cet hiver 2025-26. En janvier, les températures ont été inférieures à la normale et les vents modérés. En février, les températures ont été plutôt douce, avec des précipitations abondantes et des vents parfois forts, mais sans mention de tempête. De bonnes conditions météorologiques, pour ce travail fastidieux mais indispensable. 
La grande toilette est terminée le 15 avril 2026.

7) Ballast : Afin de stabiliser la tour d’acier, on a installé un ballast. Il est constitué de 3’225 kg. de gueuses en fonte de diverses tailles. Ces 226 lingots sont répartis, en priorité, dans quatre protubérances creuses en forme de « pattes » qui dessinent la base de la tour et le solde des bulbes dispersés de manière circulaire au même niveau. Cette masse déposée à la jonction entre la base réalisée en pierres de taille (socle de l’ancien fanal) et le fût métallique a deux fonctions : celle de contrebalancer le fardage dû aux vents dans les hauts du phare et celle d’éviter l’effet de cisaillement sur les vis et écrous qui arriment les deux éléments de cette construction atypique. C’était l’occasion rêvée de faire l’inventaire de ces bulbes de fonte frappée du sigle DK dont on n’a pas trouvé la signification.
Leurs poids variables, selon l’échantillonnage de 4 pièces saisies par type, nous donne : pour les petites gueuses une moyenne de 6,5 kg, pour les intermédiaires 11,5 kg, pour les plus massives 18 kg.

8) Le système d’éclairage : l’ampoule des Eaux-Vives est remplacée par une LED moins énergivore. Pour les Pâquis, même combat : l’ampoule de 1000 watts, avec son système de refroidissement à air, doit s’effacer au profit d’une lampe LED. Au phare principal, il faut supprimer le mercure qui assurait le mouvement rotatif sans friction des panneaux lenticulaires. Pour cet aspect de la transformation, l’entreprise Logilux à Payerne, spécialisée dans les balisages aéronautiques et lacustres, propose une solution mécanique avec l’utilisation d’un roulement à billes en lieu et place de l’ancien  « flotteur ». 
Bien que les systèmes modernes d’éclairage LED puissent suffire seuls aux besoins du phare (éclairage tournant ou sectorisé à souhaits, intensité modulable etc.), il a été décidé de maintenir la majestueuse optique tournante de 1894. 

Le bac à mercure est modifié. Son axe principal est serti d’un roulement à billes. Au premier plan, la couronne dentée, marquée du sceau de la maison parisienne Barbier&Cie 1894, sur laquelle seront solidarisés les 4 panneaux lenticulaires.